Robert Lepage
Créateur et metteur en scène
C'est Guy Laliberté, fondateur et chef de la direction du Cirque du Soleil, qui a donné à Robert Lepage le mandat de créer rien de moins qu'un spectacle épique.
« Le seul moyen d'y arriver est de faire surgir un conflit dans le scénario, dit Robert Lepage. Cela est inhabituel au Cirque du Soleil. Même si certains spectacles laissent entrevoir une trame narrative, il n'a jamais été question de confrontation ou de conflit. Non pas que ce spectacle traite de ces thèmes en particulier, mais une histoire épique est inconcevable sans que les héros se heurtent à une certaine adversité. »
Robert Lepage est peut-être mieux connu pour son utilisation ingénieuse de la technologie dans la mise en scène de ses oeuvres. C'est pour cela qu'il a été pressenti pour assurer la conception et la mise en scène de KÀ, un spectacle qui fait plus appel aux effets visuels et techniques que tout autre spectacle du Cirque du Soleil.
Robert Lepage explique ce choix artistique : le public d'aujourd'hui a acquis un riche vocabulaire visuel et narratif et ses attentes sont très élevées. « Il y a 25 ou 30 ans, lorsque nous allions au théâtre ou au cirque, ou que nous assistions à un spectacle de danse ou à un opéra, chaque moyen d'expression avait ses règles bien établies, dit-il. De nos jours, les gens sont exposés à de plus en plus d'émissions de télévision, de films et de vidéoclips de musique rock. L'Internet a sa façon bien particulière d'interagir avec le public et de raconter des histoires. Aujourd'hui, les conteurs d'histoires peuvent s'éclater. Le vocabulaire narratif du spectateur s'est enrichi énormément. C'est pourquoi nous pouvons nous permettre, dans un spectacle, de faire des choses qui étaient inconcevables il y a quelques années à peine. En assistant au spectacle KÀ, le public aura l'impression de faire partie d'un événement cinématographique, mais en réalité tout est interactif; tout se déroule au moment présent. »
Le feu joue un rôle prépondérant dans le spectacle KÀ. Dans le déroulement de l'intrigue, le feu est tout autant source de conflit et de destruction que de vie et de lumière. « Lorsqu'on possède la science du feu, qu'en fait-on? On peut soit éclairer le monde, soit l'anéantir. Voilà en grande partie le propos du spectacle », explique Robert Lepage.
KÀ explore le concept de la dualité et le conflit qui en résulte se prête bien au langage des arts martiaux. « Il y a quelque chose de beau et d'élégant dans les arts martiaux, explique Robert Lepage. Même lors d'une démonstration non violente, deux personnes s'empoignent tout de même dans un corps à corps. Le défi était donc de créer un spectacle qui n'a rien à voir avec la violence, un spectacle rempli d'espoir, de beauté et de paix, mais qui traite quand même de la notion de conflit. »
Natif de Québec, où il réside toujours, Robert Lepage a entrepris sa carrière en théâtre au Conservatoire d'art dramatique de Québec, où il a obtenu une formation de concepteur, d'auteur dramatique et d'acteur. De retour au Canada après un stage d'études en France, il s'est forgé une carrière prolifique en théâtre, assumant la direction artistique du Théâtre français du Centre national des arts du Canada en 1989.
En 1994, Robert Lepage fonde sa propre compagnie de production multidisciplinaire, Ex Machina. Il y produit le spectacle Les sept branches de la rivière Ota, salué par la critique, Le Songe d'une nuit d'été ainsi que le spectacle solo Elsinore. Son premier long métrage, Le Confessionnal, a inauguré la Quinzaine des réalisateurs au Festival de Cannes en 1995 et son cinquième, La face cachée de la lune, a été lancé en 2003.
Robert Lepage a élargi ses horizons et sa réputation encore davantage grâce à son travail comme metteur en scène d'opéras, dont Le château de Barbe-bleue et Erwatung à la Canadian Opera Company de même que La damnation de Faust au Japon.
Robert Lepage a aussi signé la conception et la mise en scène de la tournée du chanteur britannique Peter Gabriel, Secret World, en 1992, collaborant avec ce dernier une fois de plus en 2002 à la mise en scène de la tournée Growing Up Live.
Avec le spectacle KÀ, c'est la première fois que Robert Lepage travaille avec une distribution qui comprend des acrobates, des gymnastes, des spécialistes des arts martiaux et seulement qu'un petit nombre de comédiens. Cet aspect du spectacle a comporté des défis et des récompenses : « Je crois que c'est une affaire de maillage et de métissage, si vous me permettez l'expression. Par exemple, on demande aux clowns de réaliser beaucoup de numéros acrobatiques. Ils en ont toujours fait dans une certaine mesure, mais là on va très loin. On demande aussi plus que jamais aux acrobates d'aborder leur rôle comme des acteurs et de créer leurs personnages. Plus que jamais, certains mouvements sont d'une grande qualité chorégraphique. Nous repoussons les limites. »